Le paradoxe du locavore (et la mode des « super aliments »)



Y a un truc qui me chiffonne. Un paradoxe que j’ai du mal à m’expliquer. La tendance – et tant mieux ! – est au local. Au bio, ou raisonné, acheté en circuit court, ou si c’est possible directement chez le producteur. A Troyes les possibilités ne manquent pas. Sur le marché du samedi matin, on trouve à peu près tous les légumes et les fruits de saison proposés par une quinzaine de producteurs (gros coup de cœur pour Richard Villetet, à Moussey, qui se trouve être le premier producteur, à droite, lorsqu’on vient vers l’église Saint Rémi par la rue Pithou, et qui, bien qu’il n’ait pas le label bio, propose des légumes et herbes aromatiques sans aucun pesticide / fongicide / ni même bouillie bordelaise à des prix tout à fait raisonnables), mais aussi du fromage, au lait de chèvre et de vache, du pain, des viennoiseries et des ravioles (merci Quentin, de la ferme de la fringale), des œufs (attention à bien choisir des œufs de catégorie 0 – bio – ou 1  élevé plein air, on trouve un peu de tout sur le marché), de la viande et de la charcuterie (chez Benoit et Amélie)…

Il y a d’autres possibilités la semaine, la Ruche qui dit oui, de Saint-Julien les villas, l’Amap à l’Aube des légumes qui distribue au Parc des moulins, le Drive fermier à Saint-André… Mais également le marché de Sainte-Savine le vendredi matin, ou le marché des producteurs du boulevard Jules Guedes qui se tient chaque 3e mercredi matin du mois.

On peut aussi ajouter les boutiques bio, qui travaillent – ou qui essaient de travailler – pour un certain nombre de légumes avec des producteurs locaux. Je pense en particulier à Persil et ciboulette, qui a pour « anti-chambre » un maraîcher de Fouchères et qui propose, à ce titre, le vendredi, des paniers issus de sa propre production.

Bref, depuis quelques années, les occasions de consommer local ne manquent pas, pour notre plus grand bonheur, pour notre portefeuille, et pour notre santé. Et au détriment des supermarchés.

 Des super aliments à notre rescousse

Pourtant… Pourtant. En parallèle à cette tendance du retour au local, une autre tendance a vu le jour : une attirance particulière pour certains produits très exotiques, dont la consommation présenterait de nombreuses vertus. Je parle des super aliments venus des quatre coins de la planète à la rescousse de notre vitalité. Acaï, Goji, canneberge, tous ces petits fruits au nom qui pétille seraient-ils devenus indispensables à notre santé ?? La Maca, le guarana, et le cacao cru seraient-ils incontournables si l’on veut préserver notre vitalité ???

Et bien Oui…

Et non.

Oui, car ces aliments regorgent en effet de nombreuses vertus. La teneur en vitamines et en anti-oxydants des baies d’Acaï et de Goji est très élevé. Les bienfaits de la maca, racine péruvienne, sur notre vitalité et notre libido est en effet avérée. Les vertus des fruits du guarana sur la fatigue sont réelles. Et les richesses, en fer et en anti-oxydants du cacao – cru – ne sont plus à démontrer.

Et que dire du curcuma, ou du gingembre, dont les nombreuses vertus, anti-inflammatoires, digestives (…), ont fait l’objet de très nombreuses études.

 Nos super aliments sont bêtes comme chou

Et pourtant. S’il est plaisant de parer nos assiettes de ces petits aliments regorgeant de bienfaits, cette tendance ne doit pas faire oublier l’essentiel. Notre alimentation ne peut se composer de fruits secs et de poudre. Quand bien même ce serait possible, avec des prix avoisinant les 250 euros le Kilo pour la guarana ou 40 euros le kilo pour le cacao cru (tarif relevé auprès d’une marque spécialisée dans la vente de super aliments de grande qualité), notre portefeuille n’y survivrait pas.

Alors, réhabilitons nos choux, oignons, et carottes. Le chou Kale, très à la mode, est produit localement. Exceptionnellement riche en vitamines et en antioxydants (notamment en lutéine, qui aide à lutter contre la dégénérescence maculaire liée à l’âge), ses feuilles peuvent être servies en pesto, ou ajoutées à une salade, pour lui donner du croquant. Et que dire de l’oignon, dont la quercétine se décline même en complément alimentaire. Anti-inflammatoire, anti-oxydante, cette substance présente par ailleurs dans de nombreux légumes diminuerait les risques de maladie coronarienne.

La béta-carotène de la carotte est assez connue. Comme toutes ces substances aux vertus anti-oxydantes, la béta-carotène puisée dans l’alimentation ne présente que des bienfaits pour la santé. Alors que, pris en compléments, les anti-oxydants peuvent devenir pro-oxydants.

Et que dire des fruits rouges, des fraises, des cerises, des framboises (…), qui constituent nos baies d’Acaï locales. Ces fruits colorés détiennent des teneurs en vitamines et en anti-oxydants totalement exceptionnelles.

Un mot sur la pomme de terre, décriée par certains, à conseiller à toutes les personnes acidifiées. Cuite avec la peau, elle possède un index glycémique bas. En frites ou en purée, c’est autre chose… Tout dépend de la façon dont vous la préparez.

 

Alors… L’alimentation locale nous suffit-elle pour être en bonne santé ??

J’aurais tendance à dire oui, car elle est suffisamment riche et diversifiée pour subvenir à tous nos besoins. Néanmoins, je vais nuancer mes propos. De même qu’un smoothie ananas-mangue dimanche dernier a fait sourire de plaisir toute la famille, je ne rechigne pas à inviter à ma table un peu de cacao cru dans une banane écrasée. Par plaisir. Par petites touches colorées. Et parce que l’hiver, concernant les fruits, c’est difficile de ne se contenter que de pommes et de poires. Avec parcimonie aussi, parce que ces fruits venus de très loin sont hyper chers. Certes, par rapport aux prix énoncés ci-dessus, vous trouverez peut-être nettement meilleur marché. Mais s’ils sont moins chers, ces super aliments sont-ils de qualité équivalente ?? Et surtout, ont-ils été produits de façon éthique, sans assassiner le producteur ?? A chaque fois que j’achète ces aliments venus de très loin, j’ai toujours une pensée pour les producteurs de ces pays lointains. Et je me demande dans quelle mesure je ne participe pas à destructurer une économie locale. Le cas du quinoa, devenu un produit de luxe au Pérou et en Bolivie,  est emblématique.

L’alimentation en conscience passe par le choix de ce que nous mettons dans nos assiettes. Des produits, de leur provenance, de leur mode de fabrication… Sans être extrémiste, posons-nous la question de nos choix… Et agissons pour le mieux. 

2 commentaires

  • Merci Blandine pour ce bel article.
    Oui, comme toi je pense bien que la nourriture locale est (serait) suffisante à notre équilibre alimentaire avec quelques touches comme tu dis, par ci par là de produits d’ailleurs.
    La grande variété de nos cultures maraîchères en sont le garant.
    La variété d’aliments dans son assiette et le plus possible en couleurs ;).
    Merci de participer à nous rassurer sur notre aliment du quotidien au milieu de tant de conseils souvent en histoire de mode du moment et orientés.
    Faisons simple !
    Mo

  • Merci chère Monique. Oui, il y a déjà tant à faire avec les légumes et les fruits locaux. Et je n’en ai pas parlé, mais si en plus on ajoute les herbes et les plantes sauvages 😉 On obtient une palette de couleurs et de saveurs tout à fait intéressantes.
    Au plaisir de te revoir

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